• 38 mars

    Les jours dans la ville sont comme des mesures de la perte de toute signification. Nous essayons avec des images, c’est une grande carapace effondrée, un pré où ne poussent plus que des champignons vénéneux, la chambre d’un enfant en colère, un magasin pillé, une église dévastée et vide, un camping après une tempête, les…

  • 37 mars

    Depuis ce matin nous marchons dans les rues, tout est sens dessus dessous, rien ne peut être nommé, rien n’est clair, il n’y a pas de mots ni même de forme à ce que nous rencontrons, c’est une drôle d’expérience, être devant quelque chose, parfois quelqu’un, et ne pas avoir de langage, même intérieur, pour…

  • 35 mars

    En entrant dans la ville, j’ai pensé que le soleil vaudrait bientôt les dix francs du ciel.  La lumière est de plus en plus basse. Mon compagnon est de moins en moins loquace.  Je me sens seule, mais ce n’est pas désagréable.  C’est préférable à toutes les colères qu’il a fallu éponger. Préférable aux anxiétés…

  • 34 mars

    La journée a été rude. Des heures de roulage à l’arrière d’un camion, sans fenêtre ni rien pour s’asseoir. Je n’ai pas l’habitude de telles conditions. On a essayé de parler un peu de ce qu’on ferait une fois arrivés à la ville, mais avec le bruit de la route roulée, on ne s’entendait presque…

  • 33 mars

    C’était l’heure où les camions s’endorment on partait comme des pauvres sous l’aube à peine couvée. La nuit roulait ses lourds pneus ses vibrations caressaient la route. Tu n’étais pas là dans l’habitacle noir j’étais avec un homme nouveau comme un premier cri une main posée sur une autre. 

  • 32 mars

    Aujourd’hui est le jour où nous sommes partis. Nous avons pris la route le matin, après des adieux pudiques à ceux de la colonie.  Ce voyage est le double d’un autre chemin, qui me met tant en colère. Il y a le voyage d’avant, avec toi, dont les brumes sont toujours obscurément sous la surface…

  • 60 février

    J’attends un jour de plus. Je pétris puis je laisse gonfler ma colère.  Elle est venue d’un coup. Très subitement. Comme un verre qui éclate sur le carrelage. La pensée qu’on sera bientôt panier sans verdure, ou champ de coquelicots en cellule. Ce monde n’est pas fait pour la colère. Il la découpe en fines…

  • 59 février

    Je m’imprègne de l’idée du départ et de toute ma colère. Je m’imprègne de ma colère, de toute ma colère. L’intérieur de mon crâne me démange. On ne peut pas se gratter l’intérieur du crâne. Tout le dedans de mon crâne me démange, c’est la colère et je ne peux pas y mettre un doigt.…

  • 57 février

    Je me suis éveillée ce matin dans la lumière d’un hiver vieilli, ses tempes un peu grises. La tournure de ce printemps m’inquiète décidément. Ici les gens font comme s’ils ne s’apercevaient de rien, mais je vois bien que l’homme aux tisanes mesure le rayonnement solaire d’un air inquiet.  Ça ne me dit rien qui…

  • 56 février

    Plus que quelques jours et nous partons. L’homme aux tisanes m’apprend à préparer la fumache. Avec l’expérience, je peux la boire et garder un peu ma tête près de moi. Je me retrouve sous le feuillage, comme aux premiers temps avec la dame au tailleur blanc. Je cherche toujours, j’ai déjà trouvé beaucoup de choses. …