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31 avril
Je ne sais pas ce qui conditionne le vivant. Nul ne sait. J’éprouve une colère inexpugnable à voir le monde se défaire. Quelque chose qui meurt Ne peut pas se dire Trop d’injuste dans le temps Et des moisissures de réel Nous serions deux tout de même. On serait ombres portées, cercles ou motif, de…
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61 mars
Tout va terminer bientôt. Je le sens. Le voyage m’a changée. Mes jambes m’ont changée. La lumière descend. Mon compagnon parle moins. Je pense toujours à toi. Maintenant une ligne de ta main traverse ma tête et tes empreintes ont quitté la pulpe de mes doigts.
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60 mars
Être sur un mur, être derrière une fleur, une barrière, et s’écouler lentement dans ses propres pensées. Être une petite eau lente, avec des reflets de ciel sur soi, de la translucidité, des images d’algues en transparence, de la fierté. Être un morceau de la ville dévastée, un fragment de béton armé fracturé par la…
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58 mars
Ce qui persiste persiste, résiste peut-être à la moisissure du temps qui passe. Dans ma tête il y a des vieilles charcuteries : saucisson, salpêtre, des viandes odorantes et chaudes. Bientôt nous repartons. Mon compagnon a dit qu’il faudrait, pour aller vers la mer, passer par la laine.
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57 mars
Le sombre portait aux ombres, affaiblissait leur part de lumière, bernait les joies, obscurcissait la moindre rêverie. Quelque chose semblait s’étaler partout, un pinceau gris qui laissait derrière lui les villes défaites, les couleurs perdues, partout des atomes de lumière éteinte. Un badigeon noir sur toutes les perspectives. Avec la lumière rasante des journées, on…
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56 mars
L’arrivée des choses troubles n’était précédée d’aucune annonce. Nulle prémonition pour les soupirs. Le ciel était coloré du même jaune sale et poudreux que d’habitude. L’air poissait, dégoulinait jusqu’au sol en râlant. Les arbres tendaient leurs branches vers le haut comme pour croire au printemps, sans verdir tout à fait, ni retrouver foi dans le…
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55 mars
On regardait s’écrouler les sociétés, comme de vieux immeubles décatis. Quand ça tombait, on ne se demandait pas pourquoi. On s’étonnait que ça ait tenu jusque là, malgré la désaffection. Dans ces jours où on assistait à une chute générale qui ressemblait à l’extinction du monde, on trouva sur le sol une chose molle et…
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54 mars
Depuis quelques jours nous sommes dans la cinquième ville. C’est Nora qui nous a convié à rester. Elle et son groupe vivent dans un immeuble où les espaces sont partagés. Il y a des appartements réservés au sommeil, dans les étages supérieurs. Les appartements du bas sont utilisés pour stocker de la nourriture et cuisiner,…
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52 mars
L’histoire écrite est ce temps blanc qui nous rapproche et nous éloigne du monde, à grands battements irréguliers. Je ne sais pas si ce que j’écris dans le journal constitue une histoire, ou seulement la trace ineffaçable de la période que nous vivons. Je ne sais pas comment ça va finir. Il s’est passé en…
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51 mars
On est arrivés dans une petite ville. C’était déjà la cinquième. Nora est venue au devant de nous. Elle portait une jupe simple et rose. Elle nous a parlé du temps qu’il faisait, de la chaleur changeante, de l’humidité qui vaquait, des intempéries atroces qu’ils avaient vécues. Soudain c’était des paroles, et pourtant c’était des…