- Page d’accueil
-
55 février
Je continue d’avancer à l’intérieur de mon propre rêve. Il est tapissé de tentures baroques. Au bout du couloir, un portrait de Bach. La musique m’aide. Je me défais de la perte de toi. Je regarde mes jambes de femme. Je te garde dans mon nouveau corps. Je rêve d’un livre aux marches qui tournent,…
-
53 février
Pendant que les jours passent, la lumière continue à baisser. Alors qu’à cette époque, habituellement, elle monte. Quelque chose pourrit à l’intérieur du printemps, ou c’est moi qui voit mal ? Dans mon rêve une bête sale, poisseuse, à écailles vert sombre, dévorait une boule qui ressemblait à la planète où nous habitons. Ici les…
-
52 février
Dans la fumache je trouve chaque jour de nouveaux liens. L’homme qui la prépare est aussi capable d’accompagner les rêves. Souvent, il soutient mon sommeil, prend des précautions pour les têtes emportées. Peu à peu quelque chose se précise. Au début c’était seulement une silhouette dans la brume. Ta silhouette. La mienne. On ne sait. …
-
51 février
Au réveil dans ma tête tourne la phrase ombres bleues des blessures de foule, une vision d’orage. La fumache me donne de nouvelles façons de voir, dans la veille et dans le sommeil. C’est un peu comme si ma vie se réécrivait, ou plutôt, des liens se défont et de nouveaux s’établissent, tout paraît souple…
-
50 février
Il y a parmi nous un homme, petit et maigre avec une figure toute aiguisée : la face allongée, le nez fin, très dessiné, avec des lunettes rondes, la bouche mince mais aimable, le sourire étonnamment bienveillant pour un visage si pointu. Il ne se transforme pas en oiseau la nuit venue, il ne fait…
-
49 février
La lumière baisse un peu chaque jour. Mon compagnon rejoint les autres vautours chaque nuit. J’attends que se clarifient les contours de ta disparition. Les frontières de ma perte. J’essaie quelque chose. J’essaie une vie, en quelque sorte. Je me frotte, je lutte en hérisson. Le réel résiste, j’ai du mal à penser. Un monde…
-
48 février
Peut-on photographier les fleurs la nuit ? Nous vivons un printemps noir et blanc, baigné de Lune ou d’un soleil vertical qui ne laisse aucune place aux couleurs. Ça se voit sur les arbres, dont le feuillage reste gris toute la journée. Depuis que je suis ici, j’ai compris, peu à peu. J’ai perdu quelque…
-
46 février
J’ai repéré au moins deux couches : celle qui se déroule, telle un présent simple, qu’on peut regarder passer, par exemple mes jambes de femme sont arrivées peu à peu, et l’épaule, et le moment où j’ai quitté la ville… et celle qui ne se déroule pas, mais qui existe en dehors du temps, telle…
-
45 février
Est-ce qu’il y a quelque part un lieu où le plaisir existe et se dépose ? Peut-être que nous y accédons sans le savoir ? Recherchons-nous sans fin cet endroit où nous sommes passés sans nous en rendre compte ? Faut-il s’apercevoir de chaque plaisir ? S’en souvenir ? Jusqu’où s’habitue-t-on ? La jouissance vit-elle…
-
44 février
Je dors à côté de mon compagnon, et je rêve. Tu serais de retour. On serait avions, lunes ou soucoupes, et des œufs nés dans les ciels. Le printemps nous rendrait notre amour, la vie cesserait d’être menacée, les angoisses se dénoueraient comme des ventres soulagés, et nos membres s’allongeraient au large. Alors on pourrait…