• 43 février

    Bizarrement, depuis que j’ai quitté la ville, je n’ai pas moins de fatigue. Elle me traverse par vagues, à la manière d’un printemps mordant. Je suis sous un empilement de matières inertes connues ou inconnues, qui me recouvrent et pèsent sur moi. Mon corps est allongé, douloureux, dessous ces substances que je ne comprends pas…

  • 42 février

    Les jambes  la tête autrement vide la danse noire des corbeaux la douceur souffle dans les poumons du printemps dans les bras des arbres une brise tiède fondante Et au pied je suis assise, je regarde vers le haut, j’attends que la forêt m’éclaire, le pouvoir du vert, je n’y crois pas, tout est étranger,…

  • 41 février

    Au réveil je regarde le pré devant la tente. L’eau de la nuit s’est posée sur les brins d’herbe.  Au bout de mon corps ma tête vide sur l’arbre un oiseau a coupé la première fleur dans le printemps les branches ne sont pas vivantes.  Je me débats entre ma pensée et la culture du…

  • 40 février

    L’engrenage féroce du printemps ne se parle pas dans les rivières. Il est là, nous le sentons dans le vent qui nous caresse les joues, le nez. Mon compagnon dit qu’à cette saison nous devons beaucoup dormir et boire chaque soir une infusion de l’aubier de ce grand arbre qui devient rose. Celui-là même où…

  • 39 février

    Certains jours je n’ai pas d’espace de tête pour la poésie. La quête de comprendre prend toutes les places libres. Aujourd’hui en est un. Faudrait creuser trou d’air, venter le crâne, y faire pousser quelque arbre à feuilles caduques. Mais tout est sec.  Même comprendre relève de la création. 

  • 38 février

    J’écris une conversation que j’ai eue avec mon compagnon. Elle parle des grands espaces et de la façon dont nous nous transformons.  Où vont les choses qui disparaissent ? Elles se déposent, dans leur langage de pierre, sous le front bleu de la terre. Et les gens ? Ils deviennent des insectes qui deviennent à…

  • 36 février

    En ouvrant un livre que j’avais emporté, j’ai retrouvé une photo. Portrait bleu vingt-et unième, le capteur prend ce qu’il peut dans le fondu ambiant. Je regarde la photo, elle paraît déjà ancienne. Quelque chose en elle ne respire plus. Je me demande encore où tu es, parfois. Mais la survenue des transformations m’apparaît moins…

  • 35 février

    Mon compagnon a bien voulu m’expliquer ce qu’il en est de sa transformation. Il m’a récité tout le jour les contes de ses ancêtres, qui sont comme des prières païennes. Il est issu d’une lignée d’hommes-oiseaux des pays de pluie. Une nuit tous les trois mois, à peu près, au passage d’une Lune de Jupiter,…

  • 34 février

    À l’aube, je me suis réveillée à côté de mon compagnon, qui n’avait plus du tout l’allure d’un vautour.  En franchissant l’ouverture de la tente, j’ai marché sur un cercle de plumes et de duvets étalés sur le sol. J’ai senti le trou à l’intérieur de moi s’agrandir.  Ensuite, je ne me souviens plus de…

  • 33 février

    Je dormais depuis plusieurs heures quand j’ai entendu le ciel s’ouvrir. J’ai sorti ma tête de la tente où on m’avait préparé un lit. Dehors, j’ai cru voir mon compagnon, perché comme un vautour sur une branche, conversant avec un autre homme oiseau.  Quelque chose a bougé à l’intérieur de moi, comme un trou qui…