• 43 avril

    Le temps passe en coulant sur nous, la ville bleuit à vue d’homme, un bleu brûlant qui coupe les vitres et nous laisse éreintés, visages en miettes. Ça ne dure pas, la nuit revient.   De nouveau, mon compagnon disparu comme toi, je ne sais plus très bien qui je suis. Mais qu’importe, puisqu’il ne reste…

  • 42 avril

    Le monde que nous connaissons a poussé les tables dans un coin, il est en train d’empiler les chaises en sifflotant, et va bientôt tirer le rideau métallique dans un bruit de cataclysme. La fin ressemble à quelque chose que nous ne connaissions pas, il nous faut inventer des images pour en parler. Mais les…

  • 41 avril

    Les hommes étaient partis. Restaient des femmes et des enfants. C’était pacifique et pauvre. La ville croulait, grouillait, purulait. On traînait dans une sorte de soupe, personne ne savait trop quelle couleur au juste, ni d’où elle tombait. En me promenant dans les rues sales, je pensais au fond du verre à dents il y…

  • 40 avril

    Je suis une personne. Je suis un être humain avec une histoire. J’ai des souvenirs, une mémoire. Comme tout le monde je cours sur le petit point du présent, minuscule petit point du présent. Ce qui se passe dans le présent est tellement fort que ça efface tout. Ça va peu à peu mais vite. Dans…

  • 39 avril

    On regardait le monde s’effacer lentement, nous échapper, notre monde nous tomber des mains. Jusqu’ici on devait se tenir penché sur son épaisseur, s’accrocher à des images de tête, des piqûres rutilantes qui nous enfievraient sans but. Il restait quelque chose, si ce n’est d’optimiste, pas un espoir, plutôt une langueur confuse concernant l’à venir. …

  • 38 avril

    Ils sont venus dans la nuit. Une meute d’hommes en tenue de combat, habillés de vêtements plus grands que leurs corps. Ils ont arraché la porte de l’appartement, réveillé tous ceux qui dormaient, tapé dans la cohue des effrayés. Ils ont emporté les hommes. Ils criaient qu’on n’avait pas le droit de vivre là, et…

  • 36 avril

    Je ne sais plus quand le langage avait commencé à pencher, c’était danger, d’une course aux mots aux vagues. Ceux qui faisaient ça avec le langage, c’étaient ceux qui trompaient le mieux. Dire une chose quand la chose était toute autre, c’est comme ça que ça avait commencé. Je me souviens qu’on s’était étonné, tiens,…

  • 35 avril

    On continuait les tâches qui faisaient vivre la communauté. Trouver à manger, cuisiner comme on pouvait, servir des repas collectifs, pendant que d’autres entretenaient les locaux, se chargeaient d’améliorer le mobilier, s’occupaient des enfants… ce n’était pas mauvais, comme vie. Il fallait seulement se focaliser sur le présent, ne pas penser au futur, à part…

  • 33 avril

    La fin c’était tellement simple, il fallait juste un point de fuite, une astringence de l’âme, aucune amertume. Être avec les autres, en cercle, autour des tables parler, rire, ça rappelait à chacun de nous sa vie d’avant, les familles, les groupes d’enfants, les adolescences. Les humains auront fait ça toutes leurs vies durant, identiquement,…

  • 32 avril

    Il y a un an tout juste la chaleur déjà nous pinçait les narines, tu n’étais pas disparue et j’imaginais une vie sans toi invivable. Pourtant rien ne laissait s’attendre à ton absence. Aujourd’hui qu’approche la date, parce que nous entrons dans son mois, je ne sais plus ce que je crains, de l’anniversaire de…