• 42 octobre

    C’était le soir. Assis dans le fauteuil, au coin de la lumière, j’avais la souris dans la main, je caressais sa peau douce et couverte de duvet court, marron. Les plis et les battements chaud sous les doigts me rappelaient le corps de l’enfant que je ne porterais pas dans mon ventre. Et mes pieds…

  • 41 octobre

    Être étrange, c’est une expérience quotidienne. Les regards diagonaux. Les vitres des yeux qui reflètent une étrange lueur, une curiosité malsaine. Être un mirage debout, une chimère dans le miroir de l’autre, un centaure échappé de quelque Olympe, un ange tombé pendant sa fabrication. Alors que je me sens de plus en plus unifié, unifiée.…

  • 40 octobre

    Ce n’était pas si simple. Le sombre jamais ne nous lâche vraiment. On croit faire de l’humour, on croit faire l’amour, et sur le dos du monde, une grande fatigue sale étendue comme un drap, une lourde étole, un direct au foie. Je suis ce matin dans le soleil et je sens mon nez. J’ai…

  • 39 octobre

    Si la photo était toujours la même, il n’y aurait pas de jour suivant ; nous pourrions vivre enfin tranquilles, débarrassés du temps. Mais la musique nous rappelle que le temps ne cesse pas de couler, et nous dedans. La souris me regarde en penchant la tête. Elle sort. Elle revient à la dernière mesure…

  • 38 octobre

    Je n’entends plus pareil. Une résonance nouvelle, un écho à peine audible et envahissant.  La voisine m’a dit Vous ne jouez plus pareil, votre Bach a changé. Puis elle a regardé mes jambes, longuement. Pensivement.  Le sourire retroussé de l’escalier, on lui voyait toutes les dents.

  • 36 octobre

    Rare. C’est quand je me mets au piano que je comprends que quelque chose a changé. Ta disparition me transforme longtemps après, comme des étoiles mortes dont on voit encore la lumière, ce qui reste sous nos paupières quand les images ont disparu.  Qu’une chose se vide, bien même un miroir, et le tout dépeuplé…

  • 35 octobre

    Les hommes de mer se levaient dessous leurs bras, ça faisait des vagues. Une grande baleine mauve tournait sur la mer, fouissait, cherchant à creuser dans l’eau son trou – un nid douillet où couver ses petits. Les hommes de mer nageaient en banc sous son ventre. Petits, les yeux aveugles, leurs bras comme de…

  • 34 octobre

    La solitude nous tenait, serrés dans son dos, entre deux omoplates un peu creuses. Et on faisait comme on pouvait, je sais seulement qu’on se serrait, qu’on poussait nos bouches, nos torses, qu’on embrassait de nos bras tout ce qui était possible.  Et pourtant jamais on arrêtait d’être seul. Homme ou femme, toujours et définitivement…

  • 33 octobre

    Comme s’il fallait avoir tous les jours quelque chose à dire. Commenter une bombe, un décès, un film, on était convoqué à chaque instant, même ceux qui voulaient habiter un univers différent. C’était sans limite et sans nuance, des ombres rhétoriques partout sur le sol. Météorite égarée, un poème tombait sur le lotissement. Des maisons…

  • 32 octobre

    Je dessine.  Je peins la souris. Je me fiche du réalisme. C’est un singe sur la feuille. Qu’importe. J’ai pensé à la souris, c’est le singe qui est venu sur la feuille. Je suis habité par les animaux. Ils se mélangent. Moi aussi. Je ne sais plus si je dois dire habité ou habitée. Je…