• 52 octobre

    “Au moins, je serai morte au soleil”. C’est ça la phrase qui m’était dans la tête, au réveil du rêve. Ça me boustinguait drôlement d’être ainsi morte, c’était par conséquent agréable de se réveiller vivante. J’ai ouvert mes yeux de ni l’un ni l’autre et regardé le plafond. La mouche m’attendait calmement. Elle est patiente,…

  • 51 octobre

    Ensuite j’ai essayé d’expliquer à la femme rousse ce que c’était que les sensations nouvelles. Quand j’essaie d’expliquer, ça tourne vite aux bredouilleries : cette affaire de bredouiller quelque chose, et d’après rentrer bredouille du langage. Mais quand même. Les sensation nouvelles, c’est une bigarrure de moi-même, c’est-à-dire, le sentiment intérieur d’être marbré. Il faut…

  • 50 octobre

    Tandis que le soleil se couche et nous jette son œil borgne et furieux, je crie, je suis personne. Personne n’a jamais eu ça avant. Je crois pas. Je pense pas avoir entendu quelque chose de ce genre. Les jambes qui deviennent de quelqu’un d’autre, d’abord, puis qui sont les vôtres mais d’un autre genre.…

  • 49 octobre

    Une oppression comme perpétuité, et destin de temps vide. J’ai continué à parler. Verser. C’était un versoir de langage, un conversoir de moi à moi tout seul avec les oreilles de la femme rousse, de moi tout seul juste sur le point de devenir avec une jambe différente. Pourquoi j’ai dit une jambe alors que…

  • 48 octobre

    Il n’était pas certain que Mme Chomagne eût eu besoin de faire état devant sa voisine des échos indéfinissables du soleil de décembre. Et pourtant, ce jour-là, je l’ai entendue en passant.  Ce jour-là je me rendais chez la femme rousse au tailleur blanc. J’ai l’habitude de tendre l’oreille à toutes les conversations. Ce jour-là…

  • 47 octobre

    On ne sait toujours pas ce qu’il s’est passé avec toi, mais maintenant je sais un peu mieux ce qu’il se passe avec moi. Toi et moi n’est pas très bien séparé. Je suis comme te traversant : quelque chose de moi vit quelque chose de toi, je te suis dans tes jambes : ça,…

  • 46 octobre

    La peur de rater quelque chose. Pas l’échec, non, le regret simple.  Rater ce qu’on n’a pas fait, ce qu’on ne peut pas rater. Regretter ce qu’on n’a pas fait, tout ce que tu pouvais regretter. J’en savais rien de rien, tout juste si j’effleurais à peine ta peine. Vaste pourtant.  Mais personne n’a vu…

  • 45 octobre

    Je sais maintenant que quand tu regardais, je ne savais pas ce que tu voyais. Il y avait ça aussi : on en avait marre des fils, on les suivait en pinaillant, dire que c’était l’automne et que tout passait en chemins électriques. La vie était câblée, transformée en chiffres courant dans de longs tuyaux. …

  • 44 octobre

    Un moment je reste debout. Interdite devant le lavabo. Je ne vois plus pareil. C’est comme si le sens de la vision lui-même avait été modifié.  Je vois les détails. Je vois en détail. Je ne vois plus que les détails. Ma perception est venue avec les jambes. Ce n’est pourtant pas la nature. C’est…

  • 43 octobre

    Je me souviens de ce souvenir de toi comme d’un rêve. Je suis dans le fauteuil, mes jambes de femme sont posées devant moi, je les regarde. Je mesure ce qui a changé sans savoir.  J’hésite à comprendre. Je me demande aujourd’hui pour la première fois ce que tu attendais de moi. Étais-tu une femme…