• 60 septembre

    C’est l’après-midi, je me perds dans les personnages secondaires de mon enfance, leurs traits saillants resurgis de nulle part : les joues violacées du gros marchand de vin alsacien qui faisait des blagues salaces à ma mère ; la voix rauque et autoritaire de Bernadette qui venait chez ma grand-mère avec son pull rêche et…

  • 59 septembre

    Précautions du vide, et le pain sèche à la journée. Un destin pour les crépuscules. La vie est plus ou moins articulée : parfois seulement tige métallique, parfois soupe dorée et fuyante. Alors les notes se lèvent, sortent du piano et se jettent à l’eau : ça fait des gerbes grandes comme milliers de dauphins.…

  • 58 septembre

    Tout ce qu’on peut dire et penser à propos de quelqu’un qui n’est pas là.  L’absence se fait le vide de l’absence. Nous sommes troués, toujours troués, et autour du trou quelque chose qui n’est pas simple à définir.  Quand tu étais là, une certitude : nous parlions. Je ne regardais pas beaucoup tes pieds…

  • 57 septembre

    Je me souviens de tes mains. Tes doigts fins, taillés sur ceux des sculptures, tu étais comme sortie du marbre, un Bernin qui aurait pris vie. Mais je ne me souviens pas de tes jambes. Comment pourrais-je les reconnaître.  Je pense. Je cherche un instant où j’ai vu tes jambes, eu loisir de les observer.…

  • 56 septembre

    L’oracle des intérieurs de corps a délibéré avec ses visions.  J’aurai des jambes de femme, l’intérieur de plus en plus femme, c’est écrit.  C’est un changement qui est venu par l’effet d’une volonté, on ne sait laquelle. (On devine presque.) (Ça viendrait du sol.) Le monde sera changé par les hommes-femmes transformés par le bas,…

  • 54 septembre

    Peut-être que mes jambes de femme m’ont poussée, par le bas, à devenir une femme.  Peut-être que ce sont tes jambes, je ne les reconnais pas.  J’ai pris rendez-vous pour une étude, une scrutation qui permet de savoir des choses.  Je pensais que c’était dans les rêves ; il semble que ce soit de ce…

  • 53 septembre

    Je regarde par la fenêtre. Dans le ciel moite, un cri rauque, la vitre inarticulée de ta tête, et les secondes chavirent.  Tout est rentré dans l’ordre. Il y a toujours au moins deux plans de réalité. Je sais m’y perdre, mes habiletés. Je passe de l’un à l’autre par des fenêtres transparentes. Je traverse…

  • 52 septembre

    J’étais toujours à terre. Que ce soit pour une chute, ou regarder le ciel.  J’avais en tête des choses tristes, venues de l’histoire, de ma mémoire et de mon cœur.  Est-ce qu’on a besoin d’être réconforté quand on est tombé ? Ou relevé seulement ?  Les verts du jardin m’ont embrassé le cœur, et la…

  • 51 septembre

    Par époque le bruit du monde faisait peur aux gens. On était tous touchés, immobiles, attendant des dénouements sans issue. Des enfants un peu vieux gardaient les yeux grands ouverts, sans dire s’ils tombaient malades ou seulement traversaient cela réfugiés dans une cachette intérieure. On s’occupait de soi, on s’occupait à tenir bon, à ne…

  • 50 septembre

    Au matin quelque chose était tombé par terre. Je ne sais si c’était moi, si c’était mes yeux, l’automne, une feuille. Je regardais le monde allongé, je ne pouvais plus bouger, j’essayais sans succès de porter mes jambes de femme, de mouvoir mes bras, de me tourner pour me relever. Le monde avait eu raison…