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33 novembre
La tête comme ça pleine de petites pierres comme de petites phrases jetées dans un panier. Des petites phrases qui ne servent plus pour la parole, plutôt pour décorer un pot, une plante. Maintenant que les choses changent. Maintenant que je m’aperçois que les choses changent. Ont changé, les choses. C’est une peine qui peut…
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31 novembre
Ça tient le temps, de réparer les effondrements. Mais ça ne tient pas les nostalgies à distance, les peines. J’aurais mieux voulu pouvoir te dire On fera vieux feux de nos os longs, on dormira jusqu’à récupérer toutes les fatigues perdues, mais t’es partie, ta disparition a fait taire ces phrases-là, et maintenant je dois…
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61 octobre
Autoportrait au robinet, préparatifs pour la bataille avec le monde. Ma peau fait son office de peau. Elle me tient. Comme un sac elle me tient ensemble dans elle. Malgré les choses qu’on ne sait pas à mon sujet, j’ai une peau qui me tient ensemble. Je porte le nom de la seule famille à…
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60 octobre
A l’origine on était deux visages. A l’origine on était des bandes de mots sans force et vides de sens, des visages dessinés de force par la langue, mais qui ne voulaient rien dire encore, que personne ne reconnaissait, personne ne voyait ne pouvait toucher ou dire, Ah tiens, c’est icelui. Des visages sans réponse,…
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59 octobre
Aujourd’hui autre chose est venu. Je me suis regardé dans la glace, c’était juste un reflet de fenêtre, et j’y ai vu ton visage. Ton regard gris terne comme un mort, Ah mais tu n’es pas un mort, tu es la femme que j’ai aimée, tu es de ma jambe, ta-jambe-ma jambe-ton-visage-mon-visage, on est emmêlées…
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58 octobre
On avance par train. La campagne : bleuie, goût de ville, avec parfois une amertume sur la fin. Dans la nuit du train, dans la nuit de la campagne, j’ai vu, enfin mon visage. Une sorte de mon visage, une espèce de ma figure, ou quelque chose comme. Comme l’ombre de mes traits. Changés. Quelque…
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56 octobre
Je suis parti dans une zone. J’aime marcher dans cette zone, retrouver les carrelages-peints baroques des brasseries des centres commerciaux, leurs masques et leurs monstres secrets. Un paysage désamianté, sans extraordinaire, seulement des grands panneaux publicitaires, quelque chose qu’on dirait laid, crasseux, mais qui me laisse tranquille rêvassant. Je suis parti avec la souris. C’est…
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55 octobre
Alors j’ai pensé demander. Puisqu’on ne voit pas ce que donne un visage qui change. C’est la bredouillerie de l’autre jour qui m’y a fait penser. Quand nos gens s’enmeurent, on serait plus de langage d’un coup, on serait d’abord parlés par les mots, et eux emmêlés se presseraient, s’écraseraient en purée, une vraie bouillie,…
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54 octobre
En rentrant, je me suis regardé dans la glace et j’ai vu une personne dont on ne saurait dire – les yeux vairons peut-être et le visage taché, on ne saurait dire beaucoup plus. J’ai compris la question du Sphinx : j’étais devenu inaperçu, j’étais comme une grande affiche pleine d’écriture privée de signe, un…
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53 octobre
Il est des statues qui vous suivent des yeux. Je traversais le parc quand le Sphinx m’a demandé : “Qu’as-tu fait de ton visage ?” C’est vrai, j’ai dit, je sais pas, il est tombé dans quelque chose comme un masque, une fripure de cave, le vêtement du fond d’un carton, peut-être moisi. J’avais perdu…