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40 mai
Il y a toujours des soirs et des matins. Il y a ce qu’on pense, et ce qui se pense pour nous au dedans, sans savoir. Je parle avec une souris. Elle me dit que ma mère est morte et vivante, que si sa bouche est fermée pour toujours c’est qu’on a mis de la…
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39 mai
J’ai dormi en cavalier. Les souris dansaient dans l’armoire, elles faisaient claquer les portes et trembler le sol de la chambre. Ma tête suinte toujours. De mon agitation la nuit s’était faite une suite de losanges superposés, gris et noirs, qui dansaient au rythme du fracas des rongeurs. Ce matin j’ai la tête pauvre. Je…
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38 mai
Angoissant et délicieux. Une chose va changer. C’est mes jambes. Mon sang me démange comme une forêt d’orties. Sans doute je vais naître tout à l’heure. Je me prépare en silence, je tisse mes nouveaux vêtements, je parle avec mes morts pour que nous soyons en bons termes avant ma naissance. Je me prépare à…
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37 mai
C’est le soir. Je parle. La nuit se sauve. Le lampadaire devant la maison s’éteint dans un bruissement électrique. Je parle. Des phrases vaines et mal raccordées. J’essaie de coudre mes paroles mais je ne couds que mes lèvres. C’est angoissant et délicieux d’être là, d’agir comme ça, de chercher une issue. Je pense à…
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36 mai
Nuit, soirée, matin : notre vie n’est que mouvement. J’ai parlé dans le vide toute une soirée. Je ne sais plus si j’étais seul, si un ami était là. J’ai fait sortir les souris des armoires, j’ai ouvert les rideaux, on voyait le ciel clair et vain, on entendait la rue qui remue, le triste…
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35 mai
J’ai écrit un SMS à quelqu’un qui mourait. Ma mère me regardait sortir de mon corps en silence. Elle ne disait rien. Elle se taisait comme se taisent les gens qui sont morts. J’avais sa bouche fermée comme horizon, comme ancre. Je flottais hors de mon corps avec la bouche de ma mère pour seule…
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34 mai
Je marche, je porte le vent sur mes épaules, j’ai des frôlements qui caressent le corps, mes bras mes jambes, un ballotement ample, ma peau qui tient, mes pieds obéissants. Je sais être bien. J’habite le corps : il est à moi. Parfois je sors. Parfois je regarde. Du dehors. Je ne choisis pas, je…
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33 mai
Un jour, elle m’avait écrit. Avec une photo. « (Rare) Portrait de pieds à l’heure du repos de la guerrière.« J’avais pris ça pour moi. Pour un message de confiance, une marque de complicité. Pour une fois ses pieds étaient immobiles. On pouvait les voir respirer, sur la photo. J’avais l’impression d’assister à la fraye des…
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32 mai
Je suis de nouveau dehors. La lumière du matin est impuissante contre la puanteur de la ville. Je ne sais pas ce qui m’a poussé dehors. Une motion, une poussée, la main dans le dos du désir. J’attends à l’angle de la rue, là où j’ai croisé la femme en tailleur blanc. Je pense qu’elle…
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61 avril
Comme des êtres les taches de lumière vous éclairent le chemin. Chacun ses obsessions. Moi, c’est l’ombre et la lumière. Je demeure. Je deviens l’intérieur de moi-même, j’attends que quelque chose advienne, qui me change.