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60 avril
Mes pieds d’un an de plus. C’était ça. Chaque année j’ai un assaut. Quelques jours où ça se morfond dans ma tête. Je garde le lit, aux abois, chien de lotissement dans les draps. La mémoire me grêle : des jours incertains, des souvenirs mauvais, les yeux torves du passé. Ce n’est que le jour…
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59 avril
On marchait dans la forêt du même jour. Les ombres toujours cruelles, découpées par l’aigu de la lumière. J’ai posé ma main je ne sais plus où. Il y a eu ce frémissement, et plus rien. Le corps que j’aimais avait disparu. J’y étais pour quelque chose. C’est flou. Je me souviens seulement du silence.…
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58 avril
Et puis j’ai eu ce souvenir. Le dessin des ombres nous suffisait. C’était le début de l’été des matins d’enfance, une joie vive nous piquait les yeux. Je ne me souviens que du corps. Une silhouette frêle dont j’éprouvais la dureté. Je rêvais d’être cette petite personne. Je me sentais l’autre, pas moi.
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57 avril
La fatigue n’est pas soluble dans la chaleur. Pourtant, il ne fait pas si chaud. Le ciel est couvert d’une pellicule de sable blanc crème, le vent souffle sans discontinuer sur la poussière des rues. Je garde la chambre, la maison, je garde. Je suis une sorte de chien. Je ne suis pas ressorti à…
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56 avril
C’était de nouveau le matin. Comme si inéluctablement, le matin se produirait chaque jour après l’autre. On se réveillerait, le matin commencerait sa production : minutes de matin, secondes de matin, le temps des yeux clos, celui avec les yeux mi-clos, bientôt le moment de tenir un oeil fermé, de jouer à faire sauter les…
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54 avril
J’aime les taches sur les murs. Parce que sûrement dans mon corps, il y a aussi des cartes du monde. J’aime les dessins dans les pierres. J’aime quand je marche dans les murs. Il se passe quelque chose avec l’endroit. Je suis dedans. Je peux le toucher. Je sens la lumière qui se reflète, j’entends…
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53 avril
Longtemps mes pieds regarderaient le jardin. Ce n’est pas tout à fait une figure de style. Mes orteils ont un angle de vision meilleur que le mien. Ils voient l’herbe haute au pied de l’arbre, le cafard qui opine sur le trottoir, ils attrapent d’autres reflets dans les flaques, ceux que je ne vois jamais.…
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52 avril
J’ai renoncé au déchiffrage. La femme n’est pas ressortie de la bâtisse aux murs jaunes. Je m’en fiche, de ses cheveux roux. Si je l’avais attendue, le jour serait passé comme un vertige. De la vague on a un désir pour le fond. Au lieu de ça j’ai repris mes allées, mes venues, mes courses…
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51 avril
Ce matin la femme est entrée dans une autre bâtisse. Sur la pierre jaune du mur ancien, il y a une inscription à moitié disparue, latine ? Je joue au jeu des écritures effacées. C’est un hôtel particulier, clos par une immense double porte à moulures, peinte en vert sombre. Dans le pan de mur…
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50 avril
Tout le matin j’avais refait des allers-retours à pas comptés devant le n°9. Macadam noir, macadam gris, rigole pavée, aller, venir, attendre. J’avais suivi la femme juste avant midi, la voir ressortir ne m’a pas davantage surpris que croiser un rat dans les poubelles. J’attendais. Je marchais, trop vite, pas trop vite, j’attendais un peu,…