• 51 mai

    Je ne suis pas resté sur le banc. Je suis entré. Chez la femme rousse, elle est âgée, il y a un jardin. Sous le feuillage, la colère mal dissimulée, et la sombre époque. Je suis allongé sur le sol. Je regarde les feuilles par en dessous.  C’est la sombre époque.  Je ne sais plus…

  • 50 mai

    Je prépare encore la valise. C’est comme un déménagement. Ça désorganise dans la tête. Je ne sais pas ce qu’il faut. Je fais comme si je partais en voyage quelques jours, ou vivre ailleurs.  Je déplace les choses. Je suis plein d’inattention.  Quelque chose se dessine. Quelque chose qui bouge.  Déménage dans ta propre maison,…

  • 49 mai

    Aujourd’hui je suis parti avec la valise. On ne sait jamais ce que la journée réserve.  Sous la chaleur et les bons auspices de nos déchets, l’herbe sèche. La ville bruisse comme un papier froissé. Le ciel ressemble à un père orang-outang. Une pie me jette des regards troubles. J’ai envie d’être un gorille qui…

  • 48 mai

    Je suis sorti. Il faisait chaud. Dans la rue des lézards chuchotaient, derrière les volets, des rumeurs de pénombres.  Je suis parti à pied. J’ai coupé par la cathédrale, je suis revenu sur mes pas, j’ai tourné, et tourné. J’essayais de griffonner, en marchant, un parcours illisible dans la vieille ville.  Vu du dessus, l’espoir…

  • 47 mai

    Je suis tombé nez à nez avec le lézard mort sur la route. Il est rongé par des fourmis. Il faut vous enivrer sans trêve, disait-il. Il a vécu en pacha. Dodu comme un petit cochon. Maintenant il cuve sa meilleure vie dans la pourriture de sa chair.  C’est comme ça, l’existence.

  • 46 mai

    Les souris se taisent et depuis qu’il fait chaud, la porte de l’armoire reste fermée. Cette nuit j’ai décidé de retourner devant le numéro 9. Retrouver la femme rousse au tailleur blanc. Je sais qu’elle sait. Au moins quelque chose. Je ne sais pas quoi. C’est  ce que je veux savoir. Sur le chemin, la…

  • 45 mai

    Le temps du demi-monde est mouillé. C’est un temps glissant, qui s’écoule avec des lames d’eau suivies d’éclaircies pleines d’humidité brûlante. Nos herbes nos journées nos vies.  Le demi-monde change plus vite que la face de la Lune. On ne s’en rend pas compte. Mais le temps change, c’est un nouveau climat, avec une tonalité…

  • 44 mai

    Quand peu à peu les jours calmes me jettent au dehors, je me sens appartenir. Je fais partie de l’époque. Je suis parmi mes contemporains. Je regarde le monde qui se délite un peu : il se tortille dans ses contradictions comme un lombric sur le bitume. C’est l’image de ce moment où l’on commence…

  • 43 mai

    Les jours ne sont jamais calmes. Il y a un cadavre de mouche dans la salle de bain. Est-ce que c’est une mouche ? Est-ce que les cadavres sont encore ce qu’ils sont ? Le cadavre de ma mère n’est pas ma mère.  Les jours ne sont jamais calmes. Un nuage devient de la couleur…

  • 41 mai

    Hier soir résonnait son pas lourd au chemin clair du jour. Je garde mon sommeil. J’éprouve la dureté de ma fatigue, une dalle de béton coulée au fond de moi. Dans la fin du dormir, il y a le poids agréable de mon corps assoupi, et l’armoire dont la porte bat.  Je ne sais pas…