• 61 mai

    J’allume la radio. On dit que le temps n’a pas de lit. Peut-être pas de lit. On dit que le ciel ne sera plus jamais bleu. Peut-être plus jamais bleu. Quel est le lit du temps ? Si le temps n’a pas de lit, il s’écoule. Seul ? Sans témoins ? Sans immobilité ni repère.…

  • 60 mai

    La ville ma cage, un coeur bruissant dans l’obscur.  Je n’oublie pas ma peau. Parfois, je la laisse au café comme si c’était mon vestiaire, et je sors sans. Avec seulement mes organes, et les semelles de mes chaussures. Les gens s’étonnent : quel est cet homme sans chapeau ?  Aujourd’hui, je n’oublie pas ma…

  • 59 mai

    Je parle sous le feuillage. Je n’ai pas d’autre oralité que mon silence de bouche. J’ai une dent contre la langue.  Je parle sous le feuillage. Dos contre le dos de la cour. J’étayage. Je m’appuie. Je me parle. Je fais ploser les bulles de mon repos contre l’alcool de mes joues.  Je parle sous…

  • 58 mai

    J’ai un ami qui a peur de la salade. Il l’évite. Son croquant de dents, son jus.  Moi, ce sont les limaces.  Chacun parcourt l’existence, rien d’égal par ailleurs. Couleurs se croisent penchent et s’emmêlent comme les gens. Et nous restons là, à braver des mouches mélomanes, à creuser des trous dans le sol qui…

  • 57 mai

    On était sombres, on était tranchés anxieux, ridés par une bile d’époque. On tentait de vivre en regardant la fenêtre. Il restait ta main, et quelques va et vient. On se collait. On se serrait les corps on secouait on s’étouffait pour vivre encore. Il fallait changer ses façons. Ne plus voyager. Faire prudence à…

  • 56 mai

    J’avais la canopée parisienne et dans ma tête un printemps terrible. On avait fait quelque chose qu’il ne fallait pas.  Depuis, partout dans Paris des lauriers secouaient leurs fleurs roses, étouffantes. Je suis chez la femme rousse. Allongé sous les feuilles, je parle. Je pense qu’elle m’écoute. Je ne sais pas où elle est.  Dans…

  • 55 mai

    La ville ce matin avait des rondeurs d’escalier. C’est vrai que j’ai oublié l’époque, celle des rondeurs de femme. Celle où j’avais des mains qui touchaient de la peau. Celle où tu étais là.  J’ai oublié comment c’était de n’être pas seul.  Maintenant je marche au bord du ciel, je regarde les montagnes et je…

  • 54 mai

    Parfois sur le chemin tu croises l’intérieur de ton crâne. C’est une sorte de toile d’araignée. Ça chauffe. Ça chauffe de plus en plus. Et le ciel reste gris, même celui qui passe derrière les nuages. Plus rien n’est bleu, finalement.

  • 53 mai

    On ne sait pas ce qu’ils feront quand ils seront devenus adultes, parce qu’on ne sait pas comment sera devenue l’époque, quand ils auront perdu leurs tentacules et leurs voix de mouettes. On peut penser à l’époque. Elle est déjà sombre ici. Si on se déplace sur une carte du temps, on voit, par endroit,…

  • 52 mai

    Le monde a deux vitesses. La vitesse des nuages et la vitesse des ciels derrière. La vitesse des pauvres et celles des riches. Les énergies sombres qui viennent de la terre et du caillou, celles qui viennent des mouvements de l’eau, de l’air, du ciel et du soleil. On ne peut pas marcher sous la…