• 33 juillet

    On se levait tôt. Le printemps obscur et chiffonné donnait des brûlures à l’été. On marchait tout le jour en cherchant quoi faire pour échapper au lieu. Jusqu’à comprendre que ce n’est pas le lieu mais le temps, qui nous emprisonne. Une époque. Une fois sue, cette sagesse et l’amour nous faisaient dormir. On recommençait…

  • 32 juillet

    J’ai déjà mis mon sang chaud dans les reflets bleus du matin. Ça n’a rien amélioré. La tête reste dure, épais le crâne. Quelque chose persiste à se répéter, se répéter, se répéter. Quelque chose qui n’est pas tout à fait moi-même, pas tout à fait un autre. J’aimerais être un pied de lavande. Je…

  • 61 juin

    J’ai eu un amour leste. Rapide. Une histoire brève, indescriptible. C’était tendre et évident, un sentiment d’être soi-même et proche de l’autre. Les mains proches. Les doigts. Les cheveux proches, quelque chose avec la peau, avec la parole, avec le regard. Une sensation d’imprévisible, qu’après coup on ne peut raconter. Les doigts qui se mêlent,…

  • 60 juin

    Dans la nuit violette des poètes, je voudrais écrire. Quelque chose qui demeurerait. Quelque chose de doux et d’intelligent, qui ferait dire à ceux qui lisent qu’ils y ont vu leur visage, qu’ils ont entendu la voix ouverte des forêts, qu’ils se sont sentis branche à la place des branches, tronc à la place des…

  • 59 juin

    Par moments je m’ennuie. Comme si j’avais eu un jour une vie pleine d’entrain. Je suis un jour sans texte. Vidé de tout alphabet, je me traîne là, comme un enfant abattu, un animal laissé, en peine. Je suis calme intérieur, juste ennuyé, avec quelque chose de perdu. 

  • 57 juin

    Au réveil, les couleurs du jour avaient des cris de mouettes. Il a fait chaud tout le jour, comme sous les plumes d’une cane en couvaison.  Les douleurs un peu effacées, c’est la nuit, je suis assis dans la cuisine, sous la lampe, je croise et décroise les jambes. Elles sont belles. Toutefois, il y…

  • 56 juin

    Non, elle n’aurait pas dit ça, peut-être pas dit ça.  Le soleil comme une porte fermée sur après, je reste au dedans. Mon corps prend de plus en plus de place dans ma vie. Mes jambes de femme ont cessé de me démanger, mais ça tire toujours un peu quand je les regarde. La femme…

  • 55 juin

    Reflets du ciel dans les impatiences de l’époque, j’ai fait un rêve : j’avais un ventre de femme enceinte, je le regardais, il dissimulait mon sexe, et je ne savais plus, quel était le sexe caché sous le ventre. Quel était mon sexe. Quelle importance après tout, aurait dit ma mère. Non.

  • 54 juin

    Au pays natal la route sinue au macadam couturé, pendant que les gentianes dansent dans les prés et me font signe que je suis toujours un enfant du pays.  Transformer les ombres en amies n’est pas nécessaire. L’air se charge de nos chaleurs.

  • 53 juin

    Sous le feuillage, j’y vais parler tous les trois jours. L’été estropié nous oblige à rester sur la terrasse, dans le silence des ombres. Ce n’est pas grave. Ça laisse le temps d’une couvaison. Au courant du langage on est quand même abrité de la vraie chaleur.