• 35 décembre

    On avait inventé des animaux synthétiques, des soleils électriques et des pensées artificielles. Je ne savais rien du paradis, mais là, là, on est  tout seul, là on est tout seul, là où avant on n’était pas là, là où bientôt on n’y sera plus non plus. Au moins dans le visible. Seule la souris…

  • 34 décembre

    Qui aurait pu prédire que nous aurions besoin, pour vivre, de silhouettes d’arbres et de grandes maisonnées. Tu livrais bataille aux merles, chantais avec les cormorans, imitais la pie qui saute. Je t’attendais sans criailler.  C’était heureux. Je ne comprends toujours pas ta disparition. 

  • 33 décembre

    Ce serait un matin de nouveau monde. Tu poserais ta main, quelque chose de doux. La lumière percerait la toile humide du ciel, une blancheur tiède et moelleuse, et qui dure. On lécherait des gouttes sur la crête aiguë d’un nuage. Toute la journée, ce jaune auquel le soleil se pend. Et la nuit tomberait…

  • 32 décembre

    On marchait sur la plage, on s’asseyait sur le sable, on regardait l’horizon, on se passait la main sur la joue pour relever une mèche de cheveux, on faisait ces choses automatiques que font les gens sur les bordures de mer. On marchait on sentait ses chaussures s’effacer dans le sable en y laissant leurs…

  • 61 novembre

    Je compte. Je compte les pas de la souris entre son trou et le pied de l’armoire où elle disparaît. Je compte les mouches sur l’abat-jour quand il fait chaud et que la nuit entre. Je compte dans ma tête mes battements de cœur. Je compte les voitures qui passent dans la rue, à l’oreille,…

  • 60 novembre

    Je dors je fais un rêve. Je dors après n’avoir pas dormi. Je fais un rêve. Avant le rêve j’ai consacré des minutes à ne pas dormir. Je ne sais pas si mes yeux sont ouverts ou fermés quand je ne dors pas la nuit dans le noir. Je ne dors pas je ne sais…

  • 59 novembre

    On marchait. On s’étonnait de presque rien. On suivait le sentier dans la nuit pleine, on avait nos yeux qui brillaient de lumière de lune. On parlait. On mangeait un peu d’air au passage en parlant, qui s’engouffrait dans nos bouches. On avait chacun ses jambes. On marchait chacun avec ses jambes. On tenait ses…

  • 57 novembre

    Aujourd’hui je fais le four, je fais la cuisine, je fais le gâteau, je fais le clafoutis, je fais la tarte, je fais le far, je fais la galette, je fais le fondant le moelleux la génoise.  Je lis la recette. Je fais le cuisinier je fais la cuisinière, je me déplace dans la cuisine…

  • 56 novembre

    Je parle à nouveau. Je peux parler. Non. Je peux dire ce que je fais. Je marche sur un chemin. Je mets un pied devant puis l’autre. Je regarde un peu plus loin, continue le va et vient des pieds, le balancement des bras, pense à ma silhouette avançant dans les vignes, je pose un…

  • 55 novembre

    Le jour.  L’éphéméride.  La date un peu effacée, une photo oubliée, la miette d’un rêve dans ma poche. Le jour gris, le gris du ciel, le gris de la souris, le gris des trottoirs éteints, la solitude toute nue qui s’avance, le clignotement d’un lampadaire, son extinction comme celle de ma voix qui finit par…