{"id":370,"date":"2023-06-26T08:00:31","date_gmt":"2023-06-26T06:00:31","guid":{"rendered":"https:\/\/juliette-cortese.fr\/?p=370"},"modified":"2023-06-21T05:23:40","modified_gmt":"2023-06-21T03:23:40","slug":"57-mai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/juliette-cortese.fr\/index.php\/2023\/06\/26\/57-mai\/","title":{"rendered":"57 mai"},"content":{"rendered":"\n<p>On \u00e9tait sombres, on \u00e9tait tranch\u00e9s anxieux, rid\u00e9s par une bile d&rsquo;\u00e9poque. On tentait de vivre en regardant la fen\u00eatre. Il restait ta main, et quelques va et vient. On se collait. On se serrait les corps on secouait on s&rsquo;\u00e9touffait pour vivre encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait changer ses fa\u00e7ons. Ne plus voyager. Faire prudence \u00e0 pleuvoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du monde. Ne plus d\u00e9jeuner d&rsquo;animaux. Transpara\u00eetre. Garder ses sous pour des produits sans esclaves. L\u00e2cher ses plastiques. N\u00e9gocier avec ses entraves et supporter le paysage qui basculait.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait sombres tranch\u00e9s anxieux, on \u00e9tait venus \u00e0 l&rsquo;ancienne gare. Pourquoi, je ne sais plus. <strong>Le matin changeait sa perspective, et ta peau.<\/strong> On se go\u00fbtait les bouches comme si l&rsquo;un de nous partait en voyage. Tu me disais des mots amoureux glac\u00e9s, comme \u00eatre emp\u00eatr\u00e9 dans quelque chose dont on ne voudrait se d\u00e9faire. Il y avait cela qui nous liait, on se racontait <em>heureusement qu&rsquo;il y a le c\u00e2lin pour nous sauver du monde qui pourrit, heureusement qu&rsquo;il y a la tendresse pour ne pas mourir \u00e9touff\u00e9 dans l&rsquo;angoisse, heureusement qu&rsquo;on peut se serrer les corps, heureusement que l&rsquo;amour nous fait boussole<\/em>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas moi qui parle. Je raconte. Et si c&rsquo;est mi\u00e8vre de dire amour, je n&rsquo;ai pas d&rsquo;autres mots. Je suis sans instinct de langue. Je suis une pierre qui te pleure.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait sombres tranch\u00e9s anxieux, personne ne sait comment c&rsquo;est arriv\u00e9. Je me souviens d&rsquo;une gare \u00e9teinte. Les trains \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat, les rails d\u00e9saffect\u00e9s sanglotaient sous le pas des moineaux qui cherchaient de quoi vivre. Sur nos t\u00eates les grandes verri\u00e8res jetaient des lueurs grises. On marchait seuls sur un quai, tout \u00e9tait vide, rien personne pour nous d\u00e9tacher les mains d&rsquo;un geste brusque.<\/p>\n\n\n\n<p>A un moment je n&rsquo;ai plus senti ta main, c&rsquo;\u00e9tait comme si ta peau, contre la mienne, envol\u00e9e. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une brusquerie de ta part, plut\u00f4t une disparition silencieuse. Un enl\u00e8vement de corps. J&rsquo;\u00e9tais priv\u00e9 de toi et je ne comprenais rien. Je ne savais pas si tu avais choisi de partir, si on t&rsquo;avait enlev\u00e9e contre ton gr\u00e9. Je suis rest\u00e9 dans la gare avec le doute et les moineaux, avec les rails d\u00e9saffect\u00e9s. Le souffle immobile du d\u00e9sastre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On \u00e9tait sombres, on \u00e9tait tranch\u00e9s anxieux, rid\u00e9s par une bile d&rsquo;\u00e9poque. On tentait de vivre en regardant la fen\u00eatre. Il restait ta main, et quelques va et vient. On se collait. On se serrait les corps on secouait on s&rsquo;\u00e9touffait pour vivre encore. Il fallait changer ses fa\u00e7ons. Ne plus voyager. 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