{"id":2260,"date":"2026-04-19T23:44:35","date_gmt":"2026-04-19T21:44:35","guid":{"rendered":"https:\/\/juliette-cortese.fr\/?p=2260"},"modified":"2026-04-20T00:09:58","modified_gmt":"2026-04-19T22:09:58","slug":"un-an-plus-tard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/juliette-cortese.fr\/index.php\/2026\/04\/19\/un-an-plus-tard\/","title":{"rendered":"#4 (Un an plus tard)"},"content":{"rendered":"\n<p>19 avril 2026<\/p>\n\n\n\n<p>Plus d&rsquo;une ann\u00e9e s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9e depuis le dernier billet. J&rsquo;ai laiss\u00e9 en plan ce journal d&rsquo;une d\u00e9gafamisation. \u00c0 un moment, \u00e7a ne m&rsquo;a plus sembl\u00e9 si int\u00e9ressant, comme exp\u00e9rience. Surtout, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 quitt\u00e9e par le d\u00e9sir et l&rsquo;\u00e9nergie d&rsquo;\u00e9crire. J&rsquo;ai travers\u00e9 une sorte d&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif, o\u00f9 tout me semblait vain, insurmontable, ou les deux. Fatigu\u00e9e, abattue, d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9e. En attendant que la chimie me ram\u00e8ne \u00e0 la vie pleinement vivante, je suis rest\u00e9e patiemment dans mon canap\u00e9, \u00e0 faire des sudokus. R\u00e9trospectivement, ce n&rsquo;\u00e9tait pas triste, plut\u00f4t une sorte de pause subjective, de mise en veille de la part de moi qui d\u00e9sire et s&rsquo;agite pour atteindre toute sorte de buts. Un repos de presque une ann\u00e9e. Et le grand retour de l&rsquo;\u00e9nergie depuis janvier. Ce matin, j&rsquo;ai couru 10km \u00e0 Montpellier, avec 5000 autres coureur.ses. Cet apr\u00e8s-midi, depuis le canap\u00e9 o\u00f9 je cuve la fatigue de l&rsquo;apr\u00e8s-course, je commence \u00e0 \u00e9crire ce billet. Preuve s&rsquo;il en fallait que depuis presque seize ans, course et \u00e9criture se tiennent par la main et continuent de s&rsquo;\u00e9pauler dans ma vie int\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, quid de la d\u00e9gafamisation ? J&rsquo;ai bel et bien l\u00e2ch\u00e9 Facepoulouk et Instragrumule, \u00e9chang\u00e9 Microzoloft contre Linounourx, migr\u00e9 mes mails de Gugule \u00e0 InfoLaNiaque. Il me faut encore terminer de trier dans mes diff\u00e9rents drives ce qui doit \u00eatre sauv\u00e9 et ce qui m\u00e9rite de dispara\u00eetre, pour r\u00e9duire au max les donn\u00e9es que j&rsquo;offre \u00e0 Gugule. Petit travail de Titan, \u00e9curies d&rsquo;Augias \u00e0 taille humaine, ce n&rsquo;est pas fini mais c&rsquo;est en bonne voie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps est pass\u00e9 sur le projet de journal, je pensais que ce serait int\u00e9ressant de parler de l&rsquo;exp\u00e9rience concr\u00e8te, pragmatique, qui consiste \u00e0 changer plusieurs outils num\u00e9riques en m\u00eame temps. Visiblement, je me suis un peu tromp\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 vrai dire une dr\u00f4le d&rsquo;id\u00e9e. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit ici que je ne suis pas particuli\u00e8rement technophile, voire \u00e0 l&rsquo;occasion carr\u00e9ment technophobe, ou au moins techno-irritable&#8230; Mais heureusement bien accompagn\u00e9e par M, toujours prompt \u00e0 r\u00e9soudre patiemment les difficult\u00e9s que je rencontre, pr\u00eat \u00e0 supporter mes j\u00e9r\u00e9miades et \u00e0 me secourir. Bref, dans mon \u00e9pisode canap\u00e9, j&rsquo;ai assez vite perdu de vue l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de raconter la prise en main des nouveaux outils, puisque \u00e7a s&rsquo;est fait, non sans mal, certes, mais sans difficult\u00e9 insurmontable ni \u00e9v\u00e9nement in\u00e9narrable.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me semble int\u00e9ressant, en revanche, c&rsquo;est de dire quelque chose \u00e0 propos de la vie sociale. C&rsquo;est <a href=\"https:\/\/tcrouzet.com\/2026\/04\/03\/connection-directe\/\">cet article de Thierry Crouzet<\/a> &#8211; dont j&rsquo;apprends avec une grande tristesse qu&rsquo;il est douloureusement endeuill\u00e9 &#8211; qui m&rsquo;y am\u00e8ne. Comme <a href=\"https:\/\/philippe-castelneau.com\/en-ce-moment\/\">Philippe Castelneau<\/a> &#8211; dont j&rsquo;apprends avec effarement qu&rsquo;il a livr\u00e9 bataille avec un cancer &#8211; il quitte les r\u00e9seaux sociaux mainstream et discute leur place et leur effet dans et sur nos vies. De mon c\u00f4t\u00e9, ces derniers temps, j&rsquo;essaie de passer r\u00e9guli\u00e8rement sur Mastodon, de lire les blogs, sites, journaux de <a href=\"https:\/\/mariephilippejoncheray.wordpress.com\/\">Marie-Philippe Joncheray<\/a>, de <a href=\"https:\/\/www.fuirestunepulsion.net\/spip.php?rubrique1\">Guillaume Vissac<\/a>, de <a href=\"https:\/\/camilleruiz.wordpress.com\/\">Camille Ruiz<\/a>, d&rsquo;<a href=\"https:\/\/textes.antonincrenn.com\/le-frottage-de-cervelle-de-six-pequins\/\">Antonin Crenn<\/a>, de <a href=\"https:\/\/lesheurescreuses.net\/\">Caroline Diaz<\/a>, de <a href=\"https:\/\/youtube.com\/@pierremenard?si=uincrERxVTuiek5u\">Pierre Menard<\/a>, de suivre un peu l&rsquo;activit\u00e9 toujours d\u00e9bordante de <a href=\"https:\/\/www.patreon.com\/posts\/155986429?utm_campaign=postshare_fan&#038;utm_content=android_share\">Fran\u00e7ois Bon<\/a>, de prendre des nouvelles des tribulations litt\u00e9raires de <a href=\"https:\/\/mamot.fr\/@dbourrion\">Daniel Bourrion<\/a>. Je lis, depuis mon canap\u00e9, sur mon t\u00e9l\u00e9phone. Je suis chez moi, sur le moelleux du canap\u00e9, je me sens un peu comme dans un cocon d\u00e9licat, protecteur, connu, paisible. Pourtant, une tristesse pointe. De quoi est-elle faite ? Il y a les souvenirs de Facepoulouk, dont je pourrais faire une liste \u00e0 la Perec&#8230; Je me souviens de cet amusement sans cesse renouvel\u00e9 du contact virtuel avec toutes celles et ceux que j&rsquo;ai crois\u00e9.es. Je me souviens des \u00e9changes quotidiens, je me souviens des blagues qui n&rsquo;en finissaient pas. Je me souviens des ateliers d&rsquo;\u00e9criture en ligne, je me souviens des conversations endiabl\u00e9es, je me souviens des rencontre en chair et en os. Je me souviens des nouvelles partag\u00e9es avec des personnes qui n&rsquo;ont ni voix ni chair ni regard, comme je le disais d\u00e9j\u00e0 sur le blog en 2019, dans <a href=\"https:\/\/desnouvellesdejuliette.blogspot.com\/2019\/04\/mais-qui-sont-ces-visages.html?m=1\">un des billets que je ne regrette pas d&rsquo;avoir \u00e9crits<\/a>, mais que je ne relis pas ce soir, par fatigue. Et puis il y a mon refus d&rsquo;y retourner, ma d\u00e9termination \u00e0 fuir ces endroits qui \u00e0 la fois nourrissent et sont le ventre d&rsquo;une nouvelle b\u00eate immonde. Mais surtout, depuis quelques semaines, il y a une nostalgie plus poignante, je dis souvent \u00e0 M. qu&rsquo;on ne voit plus grand monde, que c&rsquo;est compliqu\u00e9, dans le village o\u00f9 nous vivons pourtant depuis presque treize ans, d&rsquo;inviter, d&rsquo;\u00eatre invit\u00e9s, d&rsquo;organiser une f\u00eate sans r\u00e9ciprocit\u00e9, que tout va vite, qu&rsquo;on est tous press\u00e9s, surcharg\u00e9s par le travail, par la vie&#8230; Et puis quand enfin on se pose avec une paire d&rsquo;amis, ce n&rsquo;est pas si simple, j&rsquo;ai l&rsquo;impression de devoir louvoyer entre les sujets, tous plus clivants les uns que les autres, sans doute parce que je suis radicale, f\u00e9ministe, cycliste, psychanalyse-compatible et lacano-curieuse, \u00e9colo, v\u00e9n\u00e8re devant la droite de la gauche et la droite de la droite, r\u00e9volt\u00e9e par Isra\u00ebl l\u00e0-bas et ses soutiens ici, d\u00e9go\u00fbt\u00e9e par Trump, effray\u00e9e par l&rsquo;IA et ses data centers, afflig\u00e9e par le tour que prend le monde&#8230; Bref, il faut naviguer \u00e0 vue entre les \u00e9cueils de la conversation, alors je pr\u00e9f\u00e8re souvent me taire ou parler des enfants, tant les \u00e9changes me paraissent pi\u00e9g\u00e9s. Je n&rsquo;ai pas envie de f\u00e2cherie ou d&rsquo;incompr\u00e9hension : il faut beaucoup d&rsquo;intimit\u00e9 pour affronter cela et y survivre. C&rsquo;\u00e9tait la m\u00eame chose sur Facepoulouk, mais je savais, \u00e0 force, \u00e9viter les chausse-trappes pol\u00e9miques.<\/p>\n\n\n\n<p>En janvier 2025, au moment de quitter Facepoulouk, Instagrumule et consorts, c&rsquo;\u00e9tait avec la r\u00e9solution de vivre davantage localement, de voir des gens en vrai, de faire des choses en vrai. Il y a bien s\u00fbr mes bonnes amies po\u00e9tesses \u00e0 Montpellier, il y a eu quelques belles occasions, de soir\u00e9es Po\u00e9sie en lectures musicales, du th\u00e9\u00e2tre, plein d&rsquo;occasions manqu\u00e9es aussi, mais dans l&rsquo;ensemble, je constate que ce n&rsquo;est pas si facile, que notre vie sociale est un peu min\u00e9e, tant par nos rythmes et nos \u00e9puisements, que par ma radicalit\u00e9 prise dans la radicalisation g\u00e9n\u00e9rale. Il reste heureusement les vieux amis, avec qui nous passons du temps &#8211; au t\u00e9l\u00e9phone, en visio, en vrai quitte \u00e0 faire des kilom\u00e8tres &#8211; ceux avec qui on peut partager sans crainte nos stup\u00e9factions et nos effrois, quitte peut-\u00eatre \u00e0 s&rsquo;engueuler comme on le faisait \u00e0 vingt ans sans que ce soit grave, puisqu&rsquo;on est toujours l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un choix aussi, de ma part, de me retirer un peu du monde, de r\u00e9engager un long parcours de formation de psychoth\u00e9rapeute, de prendre le temps de lire enfin Freud et Lacan, de continuer \u00e0 m&rsquo;outiller th\u00e9oriquement pour comprendre le monde et pour continuer \u00e0 travailler&#8230; C&rsquo;est ce choix peut-\u00eatre, qui aujourd&rsquo;hui suscite ma nostalgie d&rsquo;une vie sociale plus palpitante et plus simple. \u00c7a passera avec l&rsquo;\u00e9criture ici, \u00e7a passera comme tout passe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>19 avril 2026 Plus d&rsquo;une ann\u00e9e s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9e depuis le dernier billet. 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