5 mai, s’émanciper

À l’aube l’intérieur du corps me réveille. Une amertume au creux de l’estomac. Quelqu’un crie « qui a renversé la bouteille de cortisol ? ». Je suis éveillée comme un renard aux aguets. J’hésite à aller courir, compare en pensée la sensation de mon corps encore engourdi dans les draps chauds, derrière les volets clos, avec celle de la course dans la campagne, déplacement, appuis, souffle, sensation des muscles en travail, fraicheur sur la peau, humidité, horizon, vignes à perte de vue… J’écouterais enfin ce podcast sur la métaphore, dont j’ai besoin pour initier le travail d’écriture de la journée.

Alors je suis allée courir. Ciel clair, soleil, terre toute trempée. J’ai pris sur moi toute l’eau disponible sur la végétation ; grenouilles dans les baskets, vêtements pesants, retour frileux. J’ai couru lentement, marché quand le sol était trop boueux, en écoutant la bonne émission citée plus haut. Julie Neveux y parle du livre Les métaphores dans la vie quotidienne, de Georges Lakoff et Mark Johnson (Les Éditions de Minuit, 1980, traduit de l’américain par Michel Defornel avec la collaboration de Jean-Jacques Lecercle). Pendant que les graminées m’arrosaient les pieds, s’éclairait progressivement la manière dont les métaphores structurent nos pensées et nos actions.

Pour les pieds mouillés, je ne peux pas vraiment en vouloir aux graminées, puisque mon journal s’intitule Le courage de l’herbe. On dira que je l’ai un peu cherché.

Pour les métaphores structurantes, un exemple : dans nos sociétés la discussion, le débat sont décrits prioritairement à travers le lexique de la guerre (défendre un argument, démolir une argumentation, aller droit au but, choisir une ligne de défense…). Cette métaphore organise la manière dont nous discutons et dont nous percevons ce qui se passe dans un débat. Certes, une discussion contradictoire, c’est réellement une bataille, une opposition conflictuelle. Mais c’est aussi plein d’autres choses : un échange, une improvisation, une construction collective, un apport réciproque, un moment de création où chacun.e essaie d’apporter quelque chose de plus, etc.

Nous avons sans doute intérêt à regarder les métaphores qui organisent nos fonctionnements et à les remplacer par d’autres. C’est une question à la fois intime, quand – autre exemple – le fait de se soigner pour une maladie grave est systématiquement et prioritairement assimilé à un combat ; et politique, quand on nous parle de submersion à propos des phénomènes migratoires.

Comment profiter d’un réveil matinal trop brusque ? Comment s’émanciper du cadrage métaphorique de nos vies ? Comment faire sécher ses baskets ? Telles étaient les questions du jour…

Oups, au final, je n’ai pas vraiment fait avancer mon texte, ni élucidé le propos de Lacan. J’y retourne.


2 réponses à “5 mai, s’émanciper”

  1. Avatar de brigitte celerier
    brigitte celerier

    pas si fausse la métaphore du combat – très très fausse celle de la submersion

    1. Avatar de Juliette Cortese

      Bonjour Brigitte ! Non, pas fausse celle du combat, mais on ne peut pas la laisser comme seule et unique conception, je crois qu’il en faut d’autres. Les métaphores simplifient, accélèrent la pensée, on a tout intérêt à en inventer des alternatives.

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